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(Persowan) secrets, sins and promises (janv. 2000)

Perséphone Rosier
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Maison/Métier : première année de GISIS en sécurité magique, chez les Serpentard.
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secrets, sins and promises

Perséphone
&
Rowan

janvier 2000

Tout se brouille autour de toi. Tu ne peux plus respirer. Qu’est-ce qui se passe ? Tu t’es perdue, Perséphone. À quel moment ? À quel moment tout est parti en vrille autour de toi ? Tu as l’impression que toute ta vie n’a été qu’un vulgaire mensonge. Qu’une putain de farce, que tu joues une pièce de théâtre. Que tu es spectatrice de ta propre vie. Est-ce réellement la tienne, Perséphone ? Ou est-ce celle que les autres t’imposent ? Tu ne contrôles plus rien. Respire. Il faut que tu respires, Persé. Non, cela ne sert à rien. Refermant vigoureusement ton livre, tu te passes les mains sur le visage et dans les cheveux. Le froid glacial de tes mains jure avec le chaud de ta peau. Pourtant, c’est janvier. L’hiver est plus présent que jamais. Le froid parvient à traverser les murs et les plafonds pour s’engouffrer au plus profond de ton être. Tu frissonnes. Jamais Poudlard n’a été aussi froid. Cela te fait légèrement relever le bout de tes fines lèvres. Quel doux mensonge ! Bien entendu, Poudlard a déjà eu pire. Bien pire. Quand Rogue était directeur. Et que les Carrow vous menaient la vie dure. Très dure. Trop dure à certains moments. Pourtant, tu as tenu le coup. Tu n’as pas baissé les bras, tu ne t’es pas soumise à leur règlement à la con. Soupirs. C’est ce qu’on appelle le bon vieux temps, n’est-ce Perséphone ? Mais es-tu sûr que c’était un bon temps ? N’était-ce pas le temps où Athénaïs et Oryon t’ont abandonné, chacun à leur tour ? Où tu t’es retrouvé seule avec tes démons ? Tu secoues la tête, comme pour chasser une mauvaise image qui venait d’apparaitre devant tes yeux. Non, tu ne peux pas repenser à ces moments-là comme à un bon moment. Ce n’était pas des bons moments. C’est ce que tu te répètes, inlassablement, tout en t’étirant. L’hiver n’était pas ton moment de l’année préféré. Tu n’as jamais été une fille du froid, de la neige. Non, avec toi, ça a toujours été plutôt la chaleur, ardente si possible. Ou alors la fraîcheur d’une matinée de printemps. Douce et nacrée. Tu commences à tourner en rond. Jamais la salle commune des Serpentard ne t’a paru aussi sombre, aussi froide et petite. Tous ces crânes, cette décoration si peu chaleureuse. Et cette lumière verte qui vous vient directement du lac. Tu ne sens soudainement nauséeuse. Tu as besoin de sortir d’ici, d’aller dehors, d’aller ailleurs plutôt que dans cette pièce enfermée. Tu sors un peu précipitamment de ta salle commune. Une fois dehors, tu respires un peu mieux. Il va falloir mieux te contrôler, Perséphone. Ce n’est pas en péter un câble tous les jours que tu arrangeras les choses. Montant les escaliers qui mènent au hall, tu laisses ton esprit vagabonder au gré de tes futiles pensées. Poudlard n’a pas changé et pourtant, tu ne te sens plus comme chez toi ici. En l’espace de quelques années, tout a changé tellement vite. Mais le pire reste la Grande Bataille. Celle qui a tout détruit sur son chemin. Triste apocalypse qui s’est abattue aux portes de ton monde. Tu ne l’avais pas vu venir, n’est-ce pas ? Cette guerre ? Tu pensais que t’allais vivre la belle vie pour toujours. Rêves donc, Perséphone. La vraie vie est bien plus cruelle que les méandres de ton imagination. Une fois dans le hall, tu jettes un coup d’œil dehors. La neige continue de tomber et il fait déjà sombre. Il n’est pas si tard, tu peux encore entendre les derniers élèves prendre leur dîner. Hormis les quelques personnes présente dans la Grande Salle, Poudlard semble bien vide. Le froid et la nuit qui tombe de plus en plus tôt fait que tout le monde préfère rester bien tranquillement dans sa salle commune, en face du feu. C’est pourtant dehors que toi, Perséphone Rosier, tu te diriges. Le couvre-feu n’est pas encore tombé, tu as bien le droit à une petite balade nocturne avant de retourner dans l’atmosphère étouffante de ta salle commune. Une fois dehors, le froid hivernal te mord violemment la peau. Elle te fait doucement frissonner, claquer des dents mêmes. Tu ressers ta cape autour de tes épaules. Il fait très sombre. Sortant ta baguette, tu tentes d’éclairer ton chemin. Après une hésitation, une lueur sort du bout de ta baguette. Voilà un moment que la magie semble faire des caprices. Pour l’instant, cela se traduit pour toi à quelques hésitations, mais jamais la magie a refusé d’opérer à ton commandement. Tu avances, t’aidant de ta baguette, mais aussi des quelques lumières qui persistent dans les ténèbres du soir. C’est à ce moment-là que ta mémoire te joue tes tours. Tout en avançant, la neige laisse place à de la poussière. Le froid de l’hiver laisse place à la chaleur ardente de l’enfer sur Terre. Tu pourrais presque voir les sorts fuser dans tous les sens. Un véritable feu d’artifice de mort et de maléfice. Ils éclairent tes pas, jusqu’au moment fatidique. Un pan de mur écroulé. Un corps en dessus. Tu le revois. Comme si cela se passait en ce moment sous tes yeux ébahis. Il ne bouge plus. Il est mort. Ou est-il seulement inconscient ? Tu le sauras jamais. Tu connais la suite de l’histoire. Ton frère vient te chercher ton de mettre en lieu sûr. Tu te retournes, regardant derrière toi, t’apprêtant à le voir surgir de derrière un nuage de poussière. Tu ne vois que la nuit froide et la neige qui tombe. Et, derrière cette barrière de blanc et de cristal, tu vois la fontaine aux morts dans le hall. À travers les portes restées entrouverte. Tu évites cet endroit. Tu as peur d’entendre son nom. Leurs noms. À eux. Ceux qui n’ont pas réussi à survivre. Tu t’avances alors d’u pas hésitant vers cette fontaine. Captivée, envoutée l’aura surnaturelle qu’elle dégage. La lumière des lanternes de la cour se réverbère contre son eau glacée. Envoutant, enivrant même. Tu frisonnes, mais ce n’est plus à cause du froid. D’ailleurs, tu n’as même plus froid. Une fois au bord de la fontaine, tu caresses du bout du doigt le marbre dont elle est faite. Un mouvement te fait sursauter. Perdue dans tes pensées, tu n’avais pas vu que tu étais seule. « Par merlin, Rowan… Tu m’as fait tellement peur, je ne t’avais vu ! ». Laissant le temps à ton cœur de reprendre un battement plus correct, tu t’approches de ton ami. Car oui, bien que tu aies tourné le dos à beaucoup d’anciens amis, Rowan fait partit des rares qui le sont restés. Tu t’apprêtes à lui sourire et à lui demander ce qu’il faisait ici, quand tu remarques son expression. Plus dur et plus renfermé que d’habitude. Presque triste et torturé. Quelque part, tu sais que tu reconnais cela, car c’est sans doute la même tête que tu devais faire avant d’apercevoir Rowan. Car, lui aussi a changé, d’après certaines rumeurs. Lui aussi s’est enfin mis à suivre la voie de ses parents. Peut-être que lui aussi a abandonné, comme toi ? Alors, tout doucement, tu t’approches de lui. « Rowan ? ». Tu suis son regard vers la fontaine. Un nom sort de la fontaine. Remus. Celui d’un ancien professeur de Poudlard. À tes yeux, le meilleur professeur de défense contre les forces du mal que Poudlard n’ait jamais eu en son sein. Alors, ton attention se rapporte sur Rowan. « On a tous perdu un être cher cette nuit-là… N’est-ce pas ? ». Tu ne sais pas quoi dire. Tu n’as jamais été doué pour consoler les gens, ou savoir ce qui se passe dans leur tête. Pourquoi, quelque chose te dit que Rowan a besoin de toi ce soir. Et que tu n’es pas la seule à cacher des péchés. « Je n’aime pas cette fontaine. Descendre tous les jours ici et voir le nom de ceux qui y sont morts alors qu'il y en a qui sont toujours en vie... ». Tu feins l’indifférence. Tu ne sais pas pourquoi tu commences à dire ça. Tu es fatiguée Perséphone. Bien trop fatiguée. Le poids de ton secret devient bien trop lourd pour toi. Mais a qui le dire ? À qui dire que la mort d’un né-moldus t’a détruit le cœur, le rendant aussi dur qu’un roc et aussi sec qu’un désert ? Alors, avant que tes sentiments reprennent le dessus, tu affiches un faux sourire sur ton visage. Continue de jouer ton rôle Perséphone. Qui sait, tu arriveras peut-être à convaincre Rowan que tout va bien aussi.


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Rowan Moore
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Rowan & Perséphone
flashback
secrets, sins and promises

- Janvier 2000 -

Janvier, un mois que Rowan aimait bien par le passé, qui lui rappelait la douceur de la rentrée après les fêtes, la neige au sol, les soirées au coin du feu. Maintenant, tout ce que lui rappelait janvier, c’était la douleur d’avoir perdu celle qu’il aimait. Il ne pourrait jamais oublier le jour où, deux ans plus tôt, Maelys lui avait appris la mort de Zoella en pleurs. Sa petite sœur se sentait responsable de ce qui était arrivé, c’était elle qui avait dit à ses parents qu’il sortait avec une née-moldue. Et quelques semaines après, Rowan avait cessé de recevoir des lettres de Zoe, celle qui se faisait passer pour sa cousine. Deux ans qu’il souffrait sans réussir à tourner la page. Deux ans qu’il regrettait un jour d’être tombé amoureux. En deux ans, il avait complètement changé. Rowan avait décidé de renoncer à l’amour, renoncer à ses amis nés-moldus, à ce en quoi il croyait. La seule chose qui lui faisait du bien, c’était la violence, la provocation, les coups, les insultes, le sang versé. Ce jour-là, Rowan avait besoin d’être seul. Bell était venue le voir, elle se souvenait très bien du moment où Rowan s’était renfermé sur lui-même quand il avait appris la mort de Zoella. Et même s’il avait mis des jours à lui avouer ce qui l’avait brisé, il avait passé des semaines à pleurer à ses côtés. Elle l’avait aidé à se remettre peu à peu sur pieds alors que Cassandre, sa meilleure amie, était bien loin, fuyant la guerre et ignorant tout de l’histoire qu’il avait vécue. Malgré leur soutien, Cassandre et Belladona n’arrivaient pas à comprendre son changement d’attitude. Pour protéger ceux qu’il aimait, il avait dû changer. Après le dîner, Rowan sortit fumer. Il se cala contre un poteau et alluma l’objet du délit. Il observa la neige tomber, le visage fermé et triste. Une seule fille occupait ses pensées : Zoella. Au moment où il regardait la porte d’entrée, pensant aux nombreuses fois où il avait attendu la jeune fille à ce même endroit, il vit quelqu’un sortir. Son cœur se serra un instant, en apercevant la longue chevelure, mais ce n’était pas elle. Trop perdu dans ses pensées, il ne reconnut pas tout de suite la jeune fille, qui ne lui faisait pas face. Elle disparut bien vite vers le parc, il reprit une taffe sur sa cigarette tout en observant la jeune fille s’éloigner, elle et son faible faisceau lumineux. Rowan continua à se remémorer des souvenirs qu’il devrait oublier. La journée était bientôt terminée et celle du lendemain serait aussi pénible que la précédente. Les jours se suivaient, se ressemblaient. Il n’avait plus le goût à rien. Il tentait de retrouver un semblant de vie normale, en suivant ses cours, en essayant de faire de son mieux pour devenir celui que ses parents souhaitaient qu’il soit. Et en même temps, il semait le trouble autour de lui. Son âme était divisée en deux. Il était perdu. Quelques minutes plus tard, la revoilà. Cette fois, il eut le temps de voir son visage et de la reconnaître, c’était Perséphone, une de ses amies. Une Rosier, une sang-pur. Rowan termina sa cigarette et jeta le mégot dans un coin enneigé. Il se mit à la suivre. Elle s’arrêta près de la fontaine aux morts au beau milieu du hall, celle qui crachait le nom des victimes de la guerre, qu’ils soient tombés pendant l’année ou pendant la grande bataille. Il s’approcha en silence.

« Par merlin, Rowan… Tu m’as fait tellement peur, je ne t’avais vu ! » Dit Perséphone à son ami après avoir sursauté. Il n’avait de toute évidence pas été assez discret pour ne pas la surprendre. Il n’avait pas du tout voulu lui faire des frayeurs et s’excusa : « Pardon, je ne voulais pas te faire peur. » Rowan se tourna vers la fontaine, l’air grave. C’était la première fois qu’il s’y arrêtait réellement. Quand il vit apparaître le nom de Zoella, il eut envie de détourner le regard, mais ce n’était qu’un nom. Elle n’était plus qu’un nom. Elle lui manquait tellement, même deux ans après sa mort. Il avait eu avoir des sentiments vraiment très forts envers elle pour continuer d’y penser chaque jour. Sa mort avait été trop brutale pour lui, il n’avait pas pu lui dire adieu. Il ne savait toujours pas exactement ce qui s’était passé, comment elle était morte. Il savait simplement qu’elle avait été assassinée et il savait que c’était sur l’ordre de ses parents. « Rowan ? » La voix de Perséphone le sortit de ses pensées. Doucement, ses yeux se détournèrent de la fontaine et se posèrent sur la jolie Serpentard, un air interrogatif dans le regard. « On a tous perdu un être cher cette nuit-là… N’est-ce pas ? » Rowan regarda longuement Perséphone. Ils avaient tous perdu des proches à cause de cette guerre. Avait-elle perdu celui qu’elle aimait, elle aussi ? Il avait bien remarqué que comme lui, elle avait changé depuis la rentrée. Elle était devenue plus dure avec les nés-moldus, elle n’était plus la même. En fait, elle lui ressemblait énormément et il se doutait qu’elle avait vécu une histoire similaire à la sienne, sans deviner à quel point il pensait vrai. « Je n’aime pas cette fontaine. Descendre tous les jours ici et voir le nom de ceux qui y sont morts alors qu'il y en a qui sont toujours en vie... » Elle semblait ressentir la même chose que lui, Perséphone. Il commençait à avoir des doutes. Il regarda la fontaine en se demandant parmi ces noms, quels étaient ceux qu’elle voudrait voir revenir le plus. Ils avaient beau être amis, les morts ou la guerre restaient des sujets tabous, qu’on n’abordait pas. Elle se mit à sourire, quand il tourna la tête vers elle. Il fut surpris d’y voir de la fausseté. Elle souriait, mais elle n’avait pas envie de sourire. « Je ne l’aime pas non plus… » Même si d’un point de vue strictement objectif, c’était une belle addition au décor de Poudlard, la fontaine ne faisait que rappeler de mauvais souvenirs aux proches des victimes. Elle était aussi là pour célébrer la victoire, mais c’était une victoire au goût amer pour la plupart des élèves, qui avaient encore du mal à réaliser dans quel monde ils seraient en train de vivre si Voldemort et son clan avaient remporté la guerre.

« Tu sais, tu n’as pas à te forcer à sourire avec moi. » Lança-t-il doucement à l’adresse de sa camarade. Surtout dans cet endroit. Il ne lui en voudrait pas si elle n’allait pas bien. Il n’allait pas bien. Seuls ceux qui avaient perdu des êtres chers ou vécus des traumatismes étaient encore très affectés par ce qu’ils avaient vécu, des mois après la rentrée. Perséphone, qu’avait-elle vécu ? Il l’observa tout en se le demandant. « Qu’est-ce que tu faisais dehors, sous la neige ? » Demanda-t-il par curiosité. Perséphone ne l’avait sans doute pas vu quand il était en train de fumer, il espérait ne pas passer pour un harceleur ou un pervers qui la surveillait. Mais ils étaient amis, elle ne le verrait probablement pas ainsi. Il trouvait simplement qu’elle n’était pas forcément vêtue pour affronter la neige, elle ne portait que sa cape et elle avait dû avoir froid, elle aurait pu tomber malade. Il se montrait inquiet pour elle. « Si tu me cherchais, j’étais juste en train de fumer, là. » Rowan montra le mur, tout en voulant vraiment lui dire qu’il était à l’extérieur, de l’autre côté, mais elle comprendrait. Bien sûr, il plaisantait et afficha un sourire, le premier sourire sincère de la journée, qui ne laissait aucun doute. Il savait très bien qu’elle n’était pas en train de le chercher. Pourquoi aurait-elle été le chercher sous la neige, en pleine nuit, d’ailleurs ? Il patienta en attendant sa réponse.
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Perséphone
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janvier 2000

Décidément, tu n’aimais vraiment pas le froid. Tu te demandes pourquoi tu es sortie comme ça, sans même prendre le temps de mettre quelque chose de chaud. Un bonnet, des gants, ou même une simple écharpe pour tenir le froid éloigné de ton petit corps. Tu peux sentir à travers les tissus, la morsure déchirante du froid hivernal. C’est un coup de te rendre malade ça. Et c’est clairement la dernière chose dont tu as besoin en ce moment. Et puis, tu te rappelles l’ambiance oppressante de la salle commune des Serpentards et tu te dis que brave un moment le froid n’est pas une si mauvaise idée. Normalement, tu adores cet endroit. Cette lumière verte inondant les murs et créant ainsi une atmosphère plus que surnaturelle. Mais ce soir, rien ne va plus. Quitte à passer ta nuit dehors et à ressasser le passé. Tu ne sais pas si tu retourneras dans ta salle commune ensuit. Un saut aux cuisines te fera sans doute le plus grand bien. Tu adores voir tous ces elfes de maison t’accueillir avec de grands sourires et te servir tout ce que tu demandes. Oui, cela pourrait être une bonne idée. « Pardon, je ne voulais pas te faire peur. » Mais pour l’instant, tu te trouves en charmante compagnie. Tu aurais préféré être seule à la fontaine. C’est plus facile pour toi d’affronter tes sentiments et tes remords quand tu es seule. Mais Rowan est un très bon ami. Et apparemment, lui aussi est en pleine confusion. Pour certain élève, cette fontaine ne sert qu’à se rappeler les évènements. Ne pas oublier les erreurs du passé. Pour d’autre, l’explication de cette fontaine est bien plus difficile. Beaucoup d’élèves ne savent pas. Ils passent devant cette fontaine avec un certain respect, mais ils n’y étaient pas. Tu y étais toi. Tu étais dans cet endroit qui ressemblait plus à l’enfer sur Terre qu’à une école pour sorcier. Tu as vu Tu-sais-qui combattre Harry Potter. Tu as vu Oryon mourir. Oryon et tant d’autres. Des gentils, des méchants, des innocents, des gens perdus, … Cette fontaine est en réalité une punition pour vous autre. Pour avoir fait la guerre. Pour n’avoir rien fait pour l’empêcher. Vis maintenant avec la culpabilité d’avoir survécu alors que tous ces noms, n’ont eu pas eu cette chance. « Je ne l’aime pas non plus… ». Ton regard se lève pour se poser sur Rowan. Tu ne sais pas s’il veut dire qu’il ne l’aime pas d’un point de vue esthétique ou comme toi, cette fontaine a quelque chose de particulier. Mine de rien, c’est une jolie fontaine. Avec son marbre travaillé et ses ornements. En d’autre circonstance, tu l’aurais même trouvé très jolie. Tu aurais adoré passer à côté, juste pour entendre le son de son eau et suivre des yeux ses ornements presque vivant. Pourtant, quelque chose dans le regard de Rowan te dit qu’il s’en fiche de l’art de la fontaine. Alors, tu ne peux te demander s’il a perdu quelqu’un, lui aussi ? Il faisait partie des Gryffondor, la maison de Harry Potter. Et Merlin sait à quel point les Gryffondor étaient engagés dans cette futile guerre… Mais Rowan ? Un membre de sa famille ? Un ami proche ? Une fille très proche ? Peut-être n’es-tu pas la seule à avoir perdu à jamais ton cœur dans cette bataille ? Peut-être que Rowan aussi ? Non, tu divagues Persé. Tu ne peux pas te trouver des bouc-émissaire comme ça, juste pour soulager ta souffrance. Si Rowan est ici, c’est peut-être pour une toute autre raison. Et son regard si triste est peut-être la signification d’une mauvaise nouvelle qu’il vient d’apprendre dans la soirée. Continue à sourire, Perséphone et cesses donc de te faire des nœuds au cerveau, petite vipère. « Tu sais, tu n’as pas à te forcer à sourire avec moi. ». Sa voix est douce, posée. Cela te fait encore plus sourire, mais un vrai cette fois. Raté, Perséphone, tu ne peux pas tromper Rowan. Après tout, c’est ton ami. Il te connaît et il sait certainement quand tu joues ton rôle. Tu dois donc devenir bien meilleure actrice si tu veux survivre dans ce nouveau monde en train d’école. Il est encore plus dur que l’ancien monde qui est mort. « L’habitude, sans doute… ». Encore une fois, ce n’était qu’un murmure. Oui, l’habitude de jouer un rôle. De toujours devoir donner une belle image. Sois parfaite et tais-toi, Perséphone. Plus facile à dire qu’à faire. « Et puis, n’ai-je pas le droit de sourire à un ami ? ». Cette fois, c’est un sourire beaucoup plus franc qui s’affiche sur ton visage. Plus joueur. Avec une pointe d’insolence. Comme avant. Comme si rien n’avait changé. Alors que tout à changer justement. Mais justement, le fait que vous avez changé dans le même sens ne fait-il pas en sorte que rien n’a changé, justement ? Joli paradoxe, n’est-ce pas ? Un peu trop compliqué pour la pauvre créature fatiguée que tu es ce soir. « Qu’est-ce que tu faisais dehors, sous la neige ? ». Il te sort de ta rêverie. Tant mieux, c’est plus facile de parler à quelqu’un que de broyer du noir seul, tout compte fait. Oui, tu es bien contente d’avoir rencontrée Rowan ce soir. « Si tu me cherchais, j’étais juste en train de fumer, là. ». Sa dernière réflexion t’arrache un petit rire. Lui-même sourit. Alors, tu décides de rentrer un jeu dans son jeu. « Comment sais-tu que j’étais à la recherche d’un beau jeune gryffondor ? Serais-tu devenu Legilimens en si peu de temps ? » Ton sourire s’agrandit, tend vers quelque chose de plus insolent et de plus joueur. Mais la seule pensée de la vérité sur ta présence ici suffi à le faire disparaitre. Soudain, le froid devient plus violent, te picorant la peau un peu partout sur ton corps. Un énorme frisson se propage du bout de tes orteils jusqu’au sommet de ton crâne. Tu te sens claquer un peu des dents. Essayant de t’emmitoufler dans ta fine cape, tu essaies de te réchauffer comme tu le peux. « Je… Je ne supportais plus d’être dans ma salle commune. J’avais l’impression d’exploser là-dedans. D’étouffer. ». Tu jettes un coup d’œil à Rowan. Lui a la cigarette pour essayer de s’échapper. Tu as déjà essayé de fumer. L’ancienne Perséphone qui aimait tant faire la fête. Tu n’avais pas du tout aimé. Tu avais passé ta soirée à tousser, avec Athénaïs. À ce souvenir, ton cœur semble se serrer dans ta poitrine. C’était le temps où tout était si beau. Si facile. Rowan avait la cigarette pour tenir le coup. À toi de trouver quelque chose à quoi t’accrocher. Tu n’as plus Athénaïs, et tu n’as plus Oryon. Tu es si seule, pauvre créature. Sentant tes émotions refaire surface, tu préfères te détourner un instant de Rowan, pour observer encore une fois la fontaine. « Alors, j’ai juste voulu faire un petit tour dehors. Et puis, cette fontaine… Je n’allais pas l’éviter toute l’année non plus. ». Non, tu devais regarder tes démons en face. Tu devais reprendre courage. Tu t’appuies au bord de la fontaine. Plusieurs noms en sorte. Des noms que tu connais, d’autres que tu ignores. Il y en a beaucoup que tu ignores d’ailleurs. Des gens sont morts et il n'y a que quelques lettres pour qu’on ne les oublie pas. Tu ne sauras jamais à quoi ressemble cet Hector, ni si cette Zoella a vécu une belle et tendre vie avant que cette dernière s’achève brutalement. « Il y a des choses que je préférerais ne pas me souvenir. Cette fontaine n’aide certainement pas à faire le deuil. Bien au contraire ». Tes doigts effleurent la surface de l’eau. Elle est glaciale. Aussi froide que la mort. C’est en levant la tête que tu vois son nom sortir de la fontaine. Oryon. Tu restes figer devant son prénom. Même mort, il arrive encore à te faire tourner la tête. Tu n’avais pas prévu de tomber amoureux de lui. Loin de là. Tu n’avais pas prévu qu’il disparaisse aussi brutalement de ta vie non plus. Tu n’avais pas prévu que cela te fasse aussi mal. Que tu en sois autant détruire. « Des gens que j’aurais préférées ne jamais aimer… ». La tristesse, le froid, le manque de sommeil aussi… Tout cela te fait perdre la raison, Perséphone. Tu te mets à raconter n’importe quoi à n’importe qui. Mais Rowan n’est pas n’importe qui. Quelque part, tu sais que tu peux avoir confiance en lui. Qu’il a vécu la même chose que toi. Et qu’il peut aussi avoir confiance en toi. Alors, chasses ces mauvaises pensées de ton esprit. Profites de cette belle nuit en compagnie d’un ami sincère. « Et toi, Rowan ? Pourquoi es-tu descendue de ta tour ? Juste pour fumer une clope ? Le toit ne suffit pas ? ». Tu lui adresses un petit clin d’œil. Tu essaies de détourner la conversation sur quelque chose de plus joyeux, de moins triste. Tu t’assois donc sur le rebord de la fontaine, souriant à la nuit et à ton ami.


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- Janvier 2000 -

« L’habitude, sans doute… » Dit Perséphone à Rowan quand il lui dit qu’elle n’était pas obligée de se forcer à sourire face à lui. Ses mots avaient suivi un sourire plus vrai, plus authentique qui la rendait vraiment très belle. Il préférait voir ce sourire que le précédent. Ce sourire, ou rien. Face à lui, elle n’était pas obligée de mentir, de jouer un rôle. Il comprenait très bien, il ressentait le même dilemme, celui d’être un autre, celui de porter un masque pour ne pas montrer sa souffrance. Il espérait qu’ils soient assez amis pour aller au-delà des apparences. « Et puis, n’ai-je pas le droit de sourire à un ami ? » Perséphone en avait le droit, oui. Il aurait aimé lui répondre par le même sourire qu’elle, mais il avait encore du mal à en trouver l’envie. Ce sourire sincère viendrait, il en était persuadé. Il fallait juste qu’elle patiente un peu. Mais devant lui, il avait l’impression de retrouver son amie, celle qu’elle était avant la guerre, celle qui était taquine et qui ne se prenait pas la tête. Comme lui avant. Ils étaient semblables sur de nombreux points. Plus qu’ils ne l’imaginaient encore. Rowan demanda à Perséphone ce qu’elle faisait sous la neige, un peu plus tôt quand il l’avait aperçue. Et enfin, il réussit à plaisanter et à sourire sincèrement à son tour, laissant tomber le rôle qu’il jouait peut-être encore un peu, inconsciemment. Il réussit à faire rire la jeune fille de Serpentard. « Comment sais-tu que j’étais à la recherche d’un beau jeune Gryffondor ? Serais-tu devenu Legilimens en si peu de temps ? » Répondit-elle, joueuse. Son sourire s’étira en même temps que le sien. Rowan était content, finalement, d’avoir croisé la route de Perséphone ce soir-là. Elle lui permettrait d’oublier quelques instants que deux ans plus tôt, il avait perdu celle qu’il aimait. « Je… Je ne supportais plus d’être dans ma salle commune. J’avais l’impression d’exploser là-dedans. D’étouffer. » Rowan n’avait jamais mis les pieds dans la salle commune de Serpentard, mais les cachots, il les connaissait bien et il pouvait comprendre ce qu’elle ressentait. Il regarda Perséphone, elle avait l’air touchée, blessée. Elle se détourna de lui, regardant la fontaine. Il ne détourna pas le regard d’elle. Il avait l’impression de voir en elle un écho à sa propre peine. Ils avaient tous les deux le cœur lourd. La sensibilité de la jeune femme le touchait. « Alors, j’ai juste voulu faire un petit tour dehors. Et puis, cette fontaine… Je n’allais pas l’éviter toute l’année non plus. » Rowan acquiesça tout en détournant enfin les yeux et en les posant sur l’objet rappelant leurs malheurs. Il s’approcha tout comme Perséphone s’était approchée. Le nom de Zoella passa, Rowan serra les dents. « Il y a des choses que je préférerais ne pas me souvenir. Cette fontaine n’aide certainement pas à faire le deuil. Bien au contraire » A nouveau, le sang-mêlé déposa son regard sur la jeune femme. Elle avait donc réellement perdu quelqu’un et avait eu un deuil à faire, tout comme lui. Elle resta figée face à un prénom qu’il ne vit pas, ne regardant pas la fontaine à cet instant. Il avait mal pour elle. Il compatissait. Il avait envie de mourir mille fois à chaque fois qu’il se souvenait que Zoella n’était plus là.

« Des gens que j’aurais préférées ne jamais aimer… » Poursuivit la jeune femme, songeuse, triste, fatiguée. Il ne l’avait toujours pas quittée des yeux. Il observa chacune de ses réactions. Si Perséphone n’était pas une fille, il aurait presque eu l’impression de se regarder lui-même dans le miroir. Jamais ils n’avaient parlé si sérieusement de ce qui les avait touchés pendant la guerre. Pendant un instant, il hésita. « Moi aussi » Aurait-il voulu dire à Perséphone. Mais il était resté silencieux. Personne ne savait qu’il était sorti avec Zoella, ou en tout cas, très peu de monde. Il ne pouvait pas commencer à laisser la vérité sortir. Elle n’était plus là et leur secret avait été enterré avec elle. Il hésita, et quand elle se tourna vers lui, il garda le silence : « Et toi, Rowan ? Pourquoi es-tu descendue de ta tour ? Juste pour fumer une clope ? Le toit ne suffit pas ? » Demanda Perséphone avant de s’asseoir au bord de la fontaine. Il s’installa à côté d’elle. Etait-elle en train d’essayer de changer de sujet ? Voulait-elle le convaincre de ne plus parler des personnes qu’elle avait aimé et qu’elle aurait préféré ne jamais avoir aimé ? Il l’observa à nouveau, un instant, avant de lui répondre. « Non, j’étais venu pour dîner à la base. » Répondit-il tout en se disant qu’elle avait dû passer plus tôt et qu’ils ne s’étaient pas croisés. Il était venu assez tard, ce jour-là, après avoir longtemps travaillé à la bibliothèque sur un devoir qui avait fini par lui prendre la tête. Il ajouta : « La cigarette après le repas, c’est sacré. » Le silence retomba ensuite. Ils restèrent un moment, l’un à côté de l’autre, sans rien dire. Le silence n’était pas pesant. Ils songeaient tous les deux à ceux qu’ils avaient perdu, adossés à la fontaine. Ils faisaient face à la porte du hall d’entrée, porte ouverte que Rowan aurait aimé pouvoir claquer car il faisait froid. Mais cette porte restait presque toujours ouverte, jusqu’à l’heure du couvre-feu. Le Gryffondor mit les mains dans ses poches pour tenter d’y trouver un peu de chaleur. « Moi aussi, j’ai perdu quelqu’un… une fille… que j’ai aimé. » Confia Rowan à Perséphone. En temps normal, il n’en parlait presque jamais, mais là, c’était une période difficile pour lui. Cassandre et Belladona étaient là pour lui, s’il souhaitait se confier, mais c’était différent. Perséphone, elle, avait l’air d’avoir vécu un peu le même genre d’histoire que lui. « Pas pendant la grande bataille, mais quelques mois avant… en janvier. » Il était persuadé que la jeune femme se souvenait de l’époque où, de janvier à mars, il n’était presque plus sorti de sa salle commune et quand c’était le cas, il était complètement renfermé sur lui-même, détruit par la douleur. A cette époque, beaucoup de personnes s’était demandé ce qui lui était arrivé. Ses larmes, il ne les montrait qu’à Belladona. Heureusement qu’elle avait été là pour lui. Cassandre avait dû fuir, cette année-là, elle n’avait pas pu soutenir son meilleur ami. Et Rowan n’avait fourni aucune explication à qui que ce soit. Il ne se souvenait pas que Perséphone soit venue lui demander ce qu’il avait à cette époque, mais ils avaient tous vécus des moments difficiles.

« Perséphone, toi et moi, on ne va pas se mentir, on est plus les mêmes cette année… » Continua-t-il, prudent pour ne pas se faire rejeter par la jeune femme. Il voulait l’inciter à se confier à lui si elle le souhaitait. Avant, Perséphone lui semblait plutôt tolérante, comme lui. Cette année, elle évitait les nés-moldus, comme lui. Ils avaient le même genre de parents. Ils étaient forts, avant, et aujourd’hui, ils étaient faibles face aux traditions familiales. « Qu’est-ce qui a changé... ? » Plus il réfléchissait et plus il se disait qu’il était possible qu’ils aient vécu exactement le même genre de chose. Rowan ne voulait tout simplement pas l’avouer en premier, parce que s’il disait qu’il avait aimé une née-moldue sans être sûr qu’elle jouait un rôle, elle aurait su la vérité. Elle pourrait le dire à tout le monde. « Est-ce que c’est à cause de celui… que tu as aimé ? » Demanda-t-il en tentant d’obtenir la vérité. Il se demandait si Perséphone se posait des questions elle aussi, sur la similitude entre leurs deux vies.
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secrets, sins and promises

Perséphone
&
Rowan

janvier 2000

Les soirs devenaient de plus en plus froids. Pourtant, près de Rowan, près d’un ami, tu ne ressentais pas le froid mordant. Au début, peut-être. Mais plus maintenant. Surtout que quelque chose de bizarre semblait se passait. Tu te dis que ce n’est peut-être pas pour rien que ton chemin croise celui de Rowan ce soir. Il semblait souffrir comme toi. D’une même souffrance. D’une même peine. La pire de toute. Celle qui a le plus de mal à guérir. Celle du cœur. « Non, j’étais venu pour dîner à la base. La cigarette après le repas, c’est sacré. ». Tu hoches la tête, comme si tu comprenais totalement l’effet d’une cigarette après avoir mangé. Mais tu ne fumes pas, Perséphone. Tu connais les effets de la nicotine. Mais tu connais d’autre fumeur qui court presque dehors aussitôt leur repas terminé. Pour toi, ce n’est qu’une pure perte de temps et de santé. Mais chacun fait ce qu’il faut et tu es bien la dernière à donner ton avis sur ce débat. Mais, à part en soirée, tu évites ce genre d’addiction. « Moi aussi, j’ai perdu quelqu’un… une fille… que j’ai aimé. ». Ton regard se tourne aussitôt vers Rowan. Lui aussi. A-t-il donc tout compris ? Lui aussi. À travers lui, c’est toi que tu vois. Oui, c’est cette même peine. Exactement la même. Et cela te fait encore plus souffrir. Tu vois en Rowan l’écho de ta perte. Ce soir, ce n’est pas un cœur brisé qui va s’ouvrir, mais bien deux. Ainsi, Rowan a été amoureux d’une fille. Curieuse comme tu es, tu ne peux t’empêcher de te demander qui cela pouvait bien être. Elle devait être belle, vraiment belle. Rowan était vraiment canon, tu ne pouvais le voir qu’avec une très belle femme. Et pourtant. Pourtant, cette fille n’est plus. Elle est morte. Tout comme Oryon. ‘’Qu’il a aimé,,. Il utilise le passé, mais au fond, tu sais qu’il l’aime toujours. Tu le vois à son regard meurtri. Tu le ressens au timbre brisé de sa voix. « Pas pendant la grande bataille, mais quelques mois avant… en janvier. ». Tu ne quittes pas Rowan des yeux. Tu cherches dans les siens une réponse, une explication. En janvier. Tu essaies de te rappeler. Oui, c’était à peu près à cette période de l’année que Rowan a changé. Ainsi, c’est à cause du meurtre de cette fille. Tu ne peux que le comprendre. La mort d’Oryon a été le pire moment de ta vie. Combien de temps as-tu passé, enfermé dans ta chambre, seule, perdue ? Tu avais cherché en vain du réconfort auprès de ta meilleure amie de l’époque, Athénaïs. Mais elle a disparu de ta vie, tout comme Oryon. Tu étais si seule à ce moment-là. Si perdue. Tu n’avais plus rien. Tu n’étais qu’une ombre, un fantôme. La pire phase de ta vie. Heureusement pour toi, cela tombait juste après la guerre. Tout le monde avait pis ta dépression sur le compte d’un traumatisme lié à la guerre. Des mois que psychomagie. Des mois à savoir pourquoi tu t’es ainsi renfermée sur toi-même. Tu avais une excuse. Tu avais été traumatisée par la guerre. Rowan, lui, n’a pas eu cette chance. Il a dû faire comme si de rien n’était. Malgré son changement brusque de personnalité. À l’époque, tu avais mis cela sur le compte de l’ambiance générale. Tout le monde devait soit fou, soit paranoïaque. Tu ne pouvais t’empêcher de souffrir pour Rowan. Il a dû faire face à cela, continuer à vivre sa vie d’élève avec son deuil. Toi, tu t’es écroulée, tu t’es perdue dans les méandres de ta tristesse. Tu l’admirerais presque pour cela, si tu ne souffrais pas tant. « Perséphone, toi et moi, on ne va pas se mentir, on est plus les mêmes cette année… ». Cela te fait presque ricaner. Tu quittes Rowan des yeux pour fixer le vide, devant toi. Tu aimerais changer de sujet, mais il y a tellement à creuser du côté de Rowan aussi. Tu as l’impression que lui peut te comprendre. Réellement te comprendre. Oh que moi, tu n’es plus la même. Et tu ne seras plus l’ancienne Perséphone. Elle est partie avec Athénaïs, elle est morte avec Oryon. Oui, tu as changé et on a réussi à te convaincre que tu as changé en bien. Que tu es enfin devenue celle que tu devais être. Non, tu ne vas pas mentir. Tu ne vas pas faire comme s’il ne se passait rien. Comme si tout était absolument normal dans ta vie. « Qu’est-ce qui a changé... ? » « Tout. ». C’est ce que tu aimerais lui dire. L’hurler même. Le crier au monde entier si tu le pouvais. Tout, absolument tout à changer. Il ne reste plus rien de ton ancienne vie. Tu l’as brisé, tu l’as déchiré comme s’il s’agissait d’un simple parchemin. Toute ta vie a basculé en un jour. En un soir. En une mort. En une fraction de seconde. Une fraction de fragilité. Un seul moment d’égarement, et tu t’es perdue. Tes parents ont su profiter de ta détresse pour enfin te façonner à la manière dont ils le voulaient. Il y avait un gouffre béant dans ton cœur et ils ont su le refermer, même si c’est avec leur poison et leur idéal pro sang pur. Tu n’as plus à souffrir, Perséphone. Plus jamais. C’est la seule solution pour le plus vivre ce que tu as vécu. Plus jamais. « Est-ce que c’est à cause de celui… que tu as aimé ? ». Tu lèves les yeux des Rowan. Tu te sens alors défaillir. Tu te mords la joue, enfonces des ongles dans la paume de tes mains. Et tu serres. Le plus fort possible. La douleur physique efface la douleur mentale. Mais surtout, Perséphone, ne pleure pas. Ne pleure plus. Plus jamais. N’en parles pas. Change de sujet. Pars. Maintenant. Va te coucher. Avant qu’il ne soit trop tard. « En partie, oui… ». Tu as décidé de te délier la langue ce soir. De vider ton petit cœur qui souffrait beaucoup trop. De confier à Rowan tes doutes et tes souffrances s’il accepte en retour de te confier les siens. Car, tu le sens, ils sont aussi douloureux que les tiens. « Il s’appelait Oryon. Il était à Serdaigle, dans la même année que nous. C’était un né-moldus… ». Tu ne savais pas pourquoi tu racontais tout cela. Tu sentais ta voix trembler, ton corps tremblé, tes mains devenir toute moite à force de planter tes ongles dans ta peau. Tu te forces à respirer plus calmement, à contrôler tes tremblements. Tu as commencé, il fallait finir. « On a commencé à sortir ensemble en cinquième année. Nous étions obligés de nous cacher. Tu sais, comme c’était un né-moldus, ça n’allait jamais passer auprès de mes parents. ». Et pourtant, à cette époque, tu n’avais pas peur d’affronter tes parents. Bien au contraire, les provoquer, les voir pâlir face à tes bêtises, cela te procurait un sentiment de jouissance absolu. Au fur et à mesure que tu parles, ta voix tremble moins, ainsi que tes membres. Tu avais besoin d’en parler à quelqu’un. Tu n’avais plus personne à qui te confier. Et Rowan, qui était là juste pour fumer une clope, et qui souffrait comme toi. Plus la soirée avançait et plus tu te disais qu’il était peut-être celui dont tu avais besoin. Cette petite oreille où chuchoter toutes tes peines et tous tes malheurs. « Seule ma meilleure amie de l’époque, Athénaïs, était au courant. Mais cela nous allait très bien. Tu sais, il y a deux ans, je n’étais pas très bien vu dans la communauté des Sang-Pur. ». À ce souvenir, un petit sourire s’affiche sur ton visage. Oh que non, tu n’étais pas bien vu, même. L’étiquette de traitresse te suivait où que t’ailles et tu la portait avec fierté. « Il y a deux ans, quand le Seigneur des Ténèbres est monté au pouvoir, Oryon a dû fuir pour sauver sa vie. Il… Il m’a demandé de venir avec lui, de partir moi aussi, mais… Je… J’ai refusé. ». Tu aurais dû dire oui. Tu aurais dû accepter. Quelle petite conne tu as été, Perséphone. « On s’est disputé là-dessus. Nous… Nous étions peut-être trop différents. Nous venions de… De deux mondes bien trop éloignés sans doute. » Tu recommences à bégayer, à parler vite, à paniquer. Repenser à tout cela, c’était dur. Tu n’avais encore jamais mis de mots sur toutes ses pensées, sur tous les sentiments que tu ressentais. Tout devenait plus vrai tout à coup, comme si certaines parties de la vérité était encore cachée, mais qu’elle se dévoilait ce soir. « Cette même année, Athénaïs, qui était sans doute l’unique personne à me comprendre, m’a aussi abandonnée. Je… J’étais seule. Seule face aux Carrow, seule face à mes parents… Seule face à mes erreurs ». Tu ne savais plus de quelles erreurs tu parlais. Si tu parlais du fait que tu n’aies pas accompagné Oryon, ou le fait d’être devenue une traitresse, ou quoi que ce soit. Plus tu parlais, plus tu te perdais dans tes pensées. Mais, en même temps, tu as l’impression de retrouver quelque chose. Tu divagues totalement, Perséphone. Tais-toi avant que dire d’autre connerie, pauvre idiote. « Mais tout ça, ce n’est rien comparé à la Grande Bataille. Je ne sais même pas pourquoi j’y suis allée. Sans doute pour exprimer mes opinions de l’époque et parce que je faisais partie de l’AD. Je ne sais pas si tu y as participé Rowan, mais c’était l’enfer sur Terre ce jour-là. Aujourd’hui encore, j’ai dû mal à croire que cela a eu lieu ici même, à Poudlard. M’enfin. Cette nuit-là, je ne pensais pas revoir Oryon. Je n’avais pas eu de nouvelle de lui depuis son départ. Mais… Ce n’était pas de chaleureuse retrouvaille… ». Tu fermes les yeux. Tes ongles se sont renfoncés dans tes paumes. Tu es presque sûre que t’être ouverte la peau ainsi. Mais ce souvenir était beaucoup trop douloureux. Tu pouvais encore le voir. Allongé à terre, recouvert de débris du mur. Tu rouvres brusquement les yeux. Fermés, tu te rappelles de chaque détail de cette affreuse nuit. De ce moment horrible. « Il… Je… On s’est de nouveau disputé ce jour-là. Il m’a dit… Il m’a dit que j’avais changé. Que j’étais devenue une mangemorte. Et j’étais incapable de répondre. Il ne m’avait jamais dit de telles choses. '' Tu me dégoutes '', c’était la dernière chose qu’il a dit avant de… ». Tu n’arrivais pas à le dire. Tu ne voulais pas achever ta phrase. Mais tu le devais, alors, tu fermes les yeux une fraction de seconde, cherchant un quelconque courage, puis tu prends une grande inspiration. « Avant de mourir sous mes yeux. ». C’en était trop. Beaucoup trop pour une soirée. Une larme t’échappe, trop lourde pour que tu puisses la retenir. Aussitôt que tu la sens couler sur ta joue, tu tournes le dos à Rowan, le temps de l’écraser rageusement de ta main. Tu ne sais même plus pourquoi tu racontes tout cela, pourquoi tu dis ça à Rowan, mais tu continues néanmoins. « Tout s’est passé si vite. Après cela, je… J’étais dans un état second. La mort d’Oryon et Athénaïs qui s’est envolée dans la nature, j’étais seule et complètement détruite. Je… Je n’arrivais pas à me relever, je n’arrivais plus à vivre tout simplement. Je ne pouvais plus me battre contre mes parents. Alors, je suppose que j’ai en quelques sortes baissées les bras et je me suis laissé aller dans leur camp. ». Oui, c’est sûr. Tu as complétement baissé les bras, tu as cessé de te battre. « J’essaie de me dire que c’était le bon choix. C’est le bon choix. De toute façon, il fallait bien que je me range un jour ou l’autre. Je n’allais pas continuer mes conneries toute ma vie. Je suis une Rosier après tout. ». Tu finis ta phrase dans un haussement d’épaule, comme si tu n’en n’avais rien à faire. Et pourtant, tu aurais bien voulu continuer tes conneries, comme tu le dis. Tu te voyais bien ainsi, reniée de ta famille, peut-être marié à un vulgaire né-moldus. À la campagne, quelque part dans la périphérie de Londres. Mais maintenant, ce n’est plus pareil. Maintenant, tu te vois fiancé de force à un sang-pur choisi par tes parents. C’est ainsi, et tu n’y peux rien. C’est la voie que tu as choisie et tu ne peux plus faire marche arrière. C’est trop tard. Tu n’avais pas imaginé ta soirée ainsi. Jamais encore, tu n’avais parlé à quelqu’un de la mort d’Oryon, ni de quoique ce soit. Personne n’a su pourquoi tu avais tant changé. Personne sauf Rowan, maintenant. Et en parler, vidé ton cœur, partager ton fardeau avec quelqu’un d’autre… Tu te sentais plus légère, malgré ton cœur qui se serre à chaque pensée envolée vers Oryon. Tu regardes Rowan dans les yeux. Tu sais que lui aussi a traverser un moment difficile. Tout comme toi. Alors, tu veux aussi partager les fardeaux de Rowan, s’il l’accepte bien entendu. « Cette fille dont tu m’as parlé… Est-ce aussi à cause d’elle ? Que tu as changé ? ». Tu lui laisses le temps. S’il veut raconter son histoire, tu lui laisseras le temps que trouver ses mots, de démêler ses sentiments, comme il l’a fait avec toi. Tu sentais que son histoire n’allait pas être si éloignée de la tienne. Mais tu voulais ressentir l’écho de ta propre douleur. Tu voulais savoir que tu n’étais pas la seule à souffrir ainsi. Et tu sais que tu as trouvé cela en Rowan. « J’ai l’impression qu’on a vécu le même drame. Qu’on se comprend tous les deux. Pas toi ? »


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Je me dis que ça peut pas être comme ça qu'il doit y avoir autre chose. Jusqu'ici j'ai pas trouvé des tas de raisons d'exister, mais j'ai besoin de croire en quelque chose de profond, de solide. J'ai besoin d'être porté par un espoir — .
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Rowan & Perséphone
flashback
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- Janvier 2000 -

« En partie, oui… » Avoua Perséphone à Rowan quand il lui demanda si elle souffrait car elle avait perdu celui qu’elle aimait. Il avait deviné que leurs histoires se ressemblaient. Il voulait en avoir la confirmation. Il voulait entendre son histoire. Elle avait mal, il le voyait. Il la voyait serrer ses poings. Elle hésitait probablement à lui en dire plus. « Il s’appelait Oryon. Il était à Serdaigle, dans la même année que nous. C’était un né-moldu… » Quand elle lui dit qu’ils étaient dans la même année, Rowan se mit à réfléchir, à essayer de se souvenir. Très vite, il mit un visage sur ce garçon. Ils avaient déjà eu des cours ensemble, même s’ils ne s’étaient jamais vraiment parlés. Il voyait qui il était. Un né-moldu… comme Zoella, et lui aussi à Serdaigle. Un faible sourire passa sur les lèvres de Rowan devant cette étrange coïncidence. Elle ne le vit pas, heureusement. Il ne voulait pas qu’elle croit qu’il se moquait d’elle. Au contraire. Il voyait en elle une sorte de reflet, c’était troublant. « On a commencé à sortir ensemble en cinquième année. Nous étions obligés de nous cacher. Tu sais, comme c’était un né-moldu, ça n’allait jamais passer auprès de mes parents. » Rowan acquiesça sans lui couper la parole. Il savait parfaitement ce qu’elle voulait dire, il était comme elle. Ses parents n’auraient jamais accepté qu’il sorte avec une née-moldue, alors comme Perséphone, Zoella et lui s’étaient cachés. « Seule ma meilleure amie de l’époque, Athénaïs, était au courant. Mais cela nous allait très bien. Tu sais, il y a deux ans, je n’étais pas très bien vu dans la communauté des sangs-purs. » Comme Perséphone, très peu de personnes étaient au courant de son histoire. Une de ses meilleures amies, Belladona, avait remarqué qu’il était amoureux et avait fini par découvrir Zoella. Contrairement à Cassandre, son amie d’enfance, qui s’était éloignée de lui quand il avait commencé à sortir avec la Serdaigle. A cette époque, Rowan n’avait jamais trop fait attention aux bruits de couloir. Il ne savait pas que Perséphone était mal vue. Il comprenait qu’elle ait dû être encore plus prudente. « Il y a deux ans, quand le Seigneur des Ténèbres est monté au pouvoir, Oryon a dû fuir pour sauver sa vie. Il… Il m’a demandé de venir avec lui, de partir moi aussi, mais… Je… J’ai refusé. » Zoella aussi avait dû fuir. Il regrettait de ne pas l’avoir suivie. Il aurait peut-être pu lui sauver la vie s’il était avec elle. Il aurait eu sa famille à dos, mais elle en valait la peine. « On s’est disputé là-dessus. Nous… Nous étions peut-être trop différents. Nous venions de… De deux mondes bien trop éloignés sans doute. » Rowan avait envie de secouer la tête. Ils venaient peut-être de deux mondes différents, mais ils s’aimaient et c’était important. Elle avait pris le risque de mettre sa famille en colère en sortant avec lui, tout comme Rowan, ce n’était pas pour rien. Il était important pour elle. « Cette même année, Athénaïs, qui était sans doute l’unique personne à me comprendre, m’a aussi abandonnée. Je… J’étais seule. Seule face aux Carrow, seule face à mes parents… Seule face à mes erreurs. » Perséphone aurait dû en parler plus tôt à Rowan. Il aurait été là pour elle. Il ne l’aurait pas laissée seule. Il aurait compris. Mais malheureusement, c’était peut-être la perte de Zoella qui l’avait éloigné d’elle. Peut-être qu’elle se serait confiée à lui s’il ne s’était pas renfermé sur lui-même.

« Mais tout ça, ce n’est rien comparé à la Grande Bataille. Je ne sais même pas pourquoi j’y suis allée. Sans doute pour exprimer mes opinions de l’époque et parce que je faisais partie de l’AD. Je ne sais pas si tu y as participé Rowan, mais c’était l’enfer sur Terre ce jour-là. Aujourd’hui encore, j’ai dû mal à croire que cela a eu lieu ici même, à Poudlard. M’enfin. Cette nuit-là, je ne pensais pas revoir Oryon. Je n’avais pas eu de nouvelles de lui depuis son départ. Mais… Ce n’était pas de chaleureuses retrouvailles… » Perséphone avait l’air de tellement souffrir. Il était partagé entre l’envie d’entendre la suite de son histoire et le fait de lui demander d’arrêter et de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Il ne bougea pas. « Il… Je… On s’est de nouveau disputés ce jour-là. Il m’a dit… Il m’a dit que j’avais changé. Que j’étais devenue une mangemort. Et j’étais incapable de répondre. Il ne m’avait jamais dit de telles choses. ''Tu me dégoutes'', c’était la dernière chose qu’il a dit avant de… » Rowan eut un pincement au cœur. Il était certain que c’était ce que lui dirait Zoella si elle était encore parmi eux. Heureusement, si elle voyait ce qu’il était devenu, il la dégouterait. Elle n’aurait pas été fière de lui. Peut-être qu’elle n’aurait pas osé le lui dire, elle était trop douce Zoella, mais il l’aurait lu dans son regard. « Avant de mourir sous mes yeux. » Rowan regarda Perséphone lui tourner le dos et porter sa main à son visage, elle pleurait. Il comprenait parfaitement. Elle n’avait pas besoin de lui cacher ses larmes. Il ne voulait pas qu’elle en ait honte. Lui aussi pleurait. Lui aussi était humain. Il voulait la réconforter, mais il sentait qu’elle n’avait pas encore fini. Il ne voulait pas qu’elle se ferme d’un coup. Il lui fallait du temps. « Tout s’est passé si vite. Après cela, je… J’étais dans un état second. La mort d’Oryon et Athénaïs qui s’est envolée dans la nature, j’étais seule et complètement détruite. Je… Je n’arrivais pas à me relever, je n’arrivais plus à vivre tout simplement. Je ne pouvais plus me battre contre mes parents. Alors, je suppose que j’ai en quelques sortes baissé les bras et je me suis laissé aller dans leur camp. » Est-ce que c’était aussi ce qui était arrivé à Rowan ? Il ne croyait pas vraiment tout ce qu’il disait sur les nés-moldus. Il voulait simplement que ses parents cessent de menacer ses amis, qu’ils cessent de le critiquer, qu’ils cessent d’être déçus par le seul garçon de la famille. Il voulait que ses sœurs voient enfin celui qu’elles avaient toujours rêvé qu’il soit. Ce qui était drôle car aujourd’hui, elles voulaient qu’il redevienne celui qu’il était avant. Au moins, ses parents semblaient satisfaits. Ils avaient presque obtenu tout ce qu’ils voulaient de lui, sauf que Rowan n’avait pas encore trouvé une petite-amie de sang-pur et qu’il n’en voulait pas.

« J’essaie de me dire que c’était le bon choix. C’est le bon choix. De toute façon, il fallait bien que je me range un jour ou l’autre. Je n’allais pas continuer mes conneries toute ma vie. Je suis une Rosier après tout. » Rowan était partagé. Il ne savait pas trop s’il devait approuver ou non ce changement de comportement. Il était exactement comme elle. Il faisait ces sacrifices, mais il n’aurait jamais souhaité à personne d’autre de faire les mêmes. Perséphone avait le droit d’être tolérante et d’aimer qui elle voulait. Elle avait le droit d’aimer un né-moldu sans être une traître. « Cette fille dont tu m’as parlé… Est-ce aussi à cause d’elle ? Que tu as changé ? » Rowan acquiesça doucement. Son regard tomba sur les mains de Perséphone où on pouvait encore y voir la trace de ses ongles plantés férocement dans sa peau. Elle avait eu beaucoup de difficultés à tout lui raconter, il lui devait lui aussi la vérité, après ce qu’elle venait de faire. Elle avait été très courageuse, pour une Serpentard. Il admirait sa franchise. « J’ai l’impression qu’on a vécu le même drame. Qu’on se comprend tous les deux. Pas toi ? » A nouveau, il acquiesça. Il se mit en condition pour lui raconter son histoire. Il en parlait rarement, tout comme elle. Mais après ce qu’elle venait de lui raconter et les nombreuses similitudes qu’il avait relevées, il se sentait plus en confiance. « Plus que tu ne le penses. » Dit enfin Rowan, après un long silence pour la laisser terminer de lui dévoiler tout ce qu’elle avait sur le cœur. Le sorcier voulait que Perséphone comprenne qu’il était de son côté, quoiqu’il arrive. « Cette fille, elle s’appelait Zoella. Comme Oryon, elle était à Serdaigle, mais elle a l’âge de Maelys… elle avait. Elle aussi, c’était… une née-moldue. » Zoella avait deux ans de moins qu’eux alors il n’était pas sûr qu’elle sache qui elle était. Mais malgré leur petite différence d’âge, Rowan et Zoella étaient tombés amoureux et elle qui ne connaissait encore rien de l’amour avait tout appris à ses côtés. « Alors je comprends ce que t’as vécu. J’étais comme toi. Elle et moi, on a aussi dû se cacher. » Au début, c’était amusant de devoir se cacher et Zoella l’avait vite accepté. Mais avec le temps, c’était pesant. Oryon et Perséphone devaient avoir vécu la même chose. Le secret était lourd à porter, l’envie d’être ensemble en permanence, de se toucher, de s’aimer tout simplement. Les regards étaient peut-être ce qui l’avait trahi. « Mes sœurs ont fini par le découvrir. Et l’une d’elle a fini par le dévoiler à mes parents… » Sous la pression, bien sûr. Ses sœurs ne l’auraient jamais trahi si facilement. Ses parents avaient insisté et peut-être qu’ils avaient menacé. Maelys lui avait tout dit le jour où elle lui avait annoncé que le nom de Zoella figurait parmi ceux des victimes de la guerre. « Je crois que tu peux deviner la suite. » Termina-t-il doucement en montrant d’un geste de la main la fontaine. Elle avait été assassinée et même s’il n’avait pas de confirmation, il était persuadé que ses parents étaient les responsables. Peut-être qu’ils ne l’avaient pas tué directement car il les voyait mal le faire, mais ils avaient engagé quelqu’un pour le faire.

« Je les déteste tellement, mes parents. Pourtant, comme toi, j’ai cédé. J’ai mis un masque. Et je crois que ce masque me colle parfois trop à la peau. Je ne sais plus si ce que je dis, je le pense vraiment ou pas. Je joue trop bien mon rôle de parfait pantin. » C’était la première fois qu’il avouait jouer un rôle. C’était uniquement parce qu’il pensait que Perséphone faisait la même chose que lui. Il essayait de se convaincre qu’il n’avait pas le choix, lui aussi. Pourtant, il l’avait. « Je ne peux pas prendre le risque qu’il arrive la même chose à d’autres amis… à Cassandre. » Cassandre, son amie d’enfance, sa voisine, celle que ses parents avaient tentés de tenir éloigner de leurs enfants, celle qu’il avait malgré tout vu en cachette pendant de nombreuses années, celle qui était devenue sa meilleure amie et bien plus, même si ses parents étaient au courant. Cassandre, celle qu’il ne voulait pas voir blessée. Rowan posa sa main sur le bras de Perséphone. « Je te comprends, Perséphone. Tu n’es plus toute seule. » Rowan ne savait pas combien de personnes étaient à présent au courant, mais elle qui avait changé ne devait pas crier sur tous les toits qu’elle était sortie avec un né-moldu. Personne ne savait à quel point elle avait souffert. Comme lui, elle devait souffrir dans le plus grand secret. « Je suis sûr qu’Oryon ne pensait pas ce qu’il t’a dit… je suis sûr qu’il t’aimait. Il n’a pas eu le temps de retirer ce qu’il avait dit, mais il l’aurait fait. Tu ne le dégoûtais pas. Quand on aime quelqu’un, on l’accepte. Il t’aimait, il aurait fini par t’accepter, même s’il ne comprenait pas toutes tes actions. Zoella… Zoella aurait compris pourquoi j’ai changé. » Il caressait doucement le bras de la jeune femme pour la réconforter comme il le pouvait. Il ne croyait pas vraiment ses derniers mots, il ne savait pas si Zoella aurait compris, mais il savait qu’elle l’aimait. Elle l’avait aimé plus que n’importe qui. Il l’avait ressenti. Il l’avait aussi aimé comme il n’avait jamais aimé personne jusqu’à ce jour. Ce qui avait rendu sa disparition d’autant plus difficile. « Toi aussi, tes parents te mettent la pression pour que tu remplaces vite ce trou dans ton cœur par un sorcier plus digne de ta famille ? » Rowan avait l’impression que Perséphone et lui avaient un peu le même genre de famille. Même s’il n’était pas de sang-pur comme elle, ses parents étaient pro-mangemorts et leur sang n’avait été que rarement distillé par quelques tâches dans l’arbre généalogique. Ils voulaient que Rowan continue à purifier leur sang. « Je ne veux pas trouver quelqu’un d’autre. Je crois que l’amour, c’est pas pour moi. J’ai peur qu’ils me collent une fiancée un jour ou l’autre si je ne trouve personne pour les satisfaire. » Il essayait d’être léger sur le sujet, mais il ne savait vraiment pas quoi faire. Depuis le début de l’année, il n’avait cherché personne. Certes, il avait eu quelques relations superficielles, mais rien de sérieux, il ne voulait plus s’attacher. Rowan ne voulait plus jamais tomber amoureux. Il ne voulait plus avoir le cœur brisé. Il n’y avait que Zoella qui en avait valu la peine. Il ne recommencerait pas. Mais un jour ou l’autre, ses parents le forceraient à s’allier à quelqu’un. Rowan ignorait comment il réagirait ce jour-là. « Tu m’dis si j’parle trop. » Ajouta-t-il avec un petit rire à l’adresse de Perséphone. Il finit par se taire pour qu’elle puisse en placer une elle aussi. Ou qu’elle s’échappe. Après tout, elle n’avait peut-être qu’une envie, c’était qu’il arrête de parler pour qu’elle puisse retourner dans ses cachots.
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(Persowan) secrets, sins and promises (janv. 2000)
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