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We are all someone's monster (Atolombe V)

Colombe A. Devereaux
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Maison/Métier : officiellement élève à Poudlard, en GISIS de pédagogie magique, mais en vérité, elle est cracmolle et s'est portée volontaire pour subir des tests au laboratoire du château.
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We are all someone's monster
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Lover, hunter, friend and enemy, you will always be every one of these. Nothing's fair in love and war. In life, in love, this time I can't afford to lose for one, for all, I'll do what I have to do. You can't understand, it's all part of the plan.
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Une étrangère. Un fantôme. Un courant d’air. Colombe n’était rien de plus, depuis plusieurs mois, depuis qu’il l’avait oublié. Elle ne comprenait pas. Longtemps, Colombe avait été son secret, la chose que personne ne comprenait, qui n’appartenait qu’à eux. Aujourd’hui, elle n’était rien, celle dont on ignorait l’existence. Leiden avait toujours tout obtenu d’elle, mais il ne lui avait jamais rien imposé qu’elle n’avait pas eu envie de faire, pas vraiment. Les choses empiraient, le ressentiment s’infiltrait en elle, sous sa peau, au fond de ses yeux. Elle avait mal et il ne s’en souciait pas. Il ne le remarquait même pas. Pour la première fois depuis longtemps, Colombe avait l’impression que personne ne la voyait. Personne. Elle en aurait crevé. Parce que ça la ramenait dans sa prison française. Et il lui avait promis qu’elle n’y retournerait jamais.

Lorsqu’elle ouvre les yeux, il lui faut quelques secondes pour se rappeler qu’on est venu la chercher. Qu’elle n’est plus entre les mains des médicomages ; que quelqu’un leur a ouvert leurs mains griffues pour récupérer ce qu’il restait de Colombe dans leurs paumes. Que ce quelqu’un, c’est Lionel. Son cœur s’emballe avant même qu’elle se réveille ; elle a peur. Elle ne veut pas, mais elle doit s’avouer terrifiée. Avant la quarantaine, elle ne savait pas qu’il était possible d’avoir si mal. La soumission, le devoir, au fond, c’est naturel. Tout ce qui relève de l’esprit, Colombe l’a enduré pendant des années jusqu’à ce qu’elle soit elle-même déformée par ces considérations. Naturel. Même plus mal. Même lorsque son père fait claquer sa ceinture sur sa croupe, c’est naturel. Même pas mal, même pas mal. Ca fait du bien, ça la rend entière. Les coups des médicomages, eux, n’ont rien de naturel. Ils la laissent pantelante, et recroquevillée. Alors que le visage d’Atos se dessine au-dessus d’elle, son cœur s’apaise quelque peu. S’il est là, c’est que tout va bien. S’il est là, c’est qu’elle est en sécurité. « C'est fini, tout va bien. » Elle ne sait pas si elle l’imagine en train de prononcer ces mots ou si c’est vraiment lui qui essaie de la rassurer. Il a une manière différente de prendre soin d’elle, d’habitude. Il a les sourcils froncés de celui qui s’inquiète, la sueur aux tempes de celui qui a eu peur. « Tu es avec moi maintenant, calme-toi. » La cracmolle choisit de croire que ce qui se passe est réel, qu’elle n’est pas dans un monde parallèle. Si c’est un rêve, alors c’est une belle trêve dans la torture que lui infligent les médicomages, et elle est profondément reconnaissante. Colombe essaie de sourire vainement ; ses muscles ne bougent pas, elle est atrophiée. Dommage, elle voudrait tant effacer les rides au coin des yeux de son amant. Elle essaie, elle essaie encore, mais elle retombe dans le sommeil. Elle se laisse porter par la voix de Atos, rassurée, du moins pour le moment. Mais au réveil, elle est toujours derrière les barreaux, et les hommes en blouse blanche sont là pour l’accueillir dans l’ombre.

Colombe est fébrile, lorsqu’elle claque des talons pour revenir dans son dortoir. Elle se sent creuse, usée. Chacun de ses muscles la tiraille comme si elle avait couru un marathon. Elle n’arrive pas à croire qu’elle est libre, réellement libre. Elle court jusqu’à perdre la raison, ne regarde pas en arrière. Elle monte les escaliers pour aller toucher l’air libre, pour enfin goûter au vent et à la pluie, aux saisons. Elle doit puer le renfermé, elle est encore dans ses vêtements de prisonnière. Quand on a goûté à la liberté, on ne peut plus accepter l’enfermement. Colombe pleure alors que ses pieds touchent l’herbe fraiche et gelée. Colombe pleure alors que personne n’est venue pour elle, pour la chercher.

Quand elle redescend dans les sous-sols, son cœur se serre. Elle devra chaque jour affronter ses marches, celles qui l’avaient emmené jusqu’en enfer. Elle pense aux autres Colombe, à ceux qui restent enfermés. Elle se dit qu’elle a de la chance, que c’est impossible. Après tout, c’est une cracmolle, une moins que rien, ils n’avaient aucune raison de la laisser partir.

Colombe s’adosse contre la porte du laboratoire, la seule porte où elle s’est sentie en sécurité malgré tout le mal qu’elle y a subi. Cela fait deux semaines qu'elle a quitté la quarantaine maintenant, et c'est devenu son rituel cette porte. C'est ici qu'elle a rencontré son prince charmant il y a un an tout pile. La française ferme les yeux, comme si cela pouvait effacer toutes les épreuves qu’elle avait eu à affronter. Comme si cela pouvait faire taire son cœur dans sa poitrine, un cœur vide, plaintif et brisé.

Mais quand elle les ouvre, elle voit cet homme qui a si souvent hanté ses pensées. Il est là, devant elle et rien ne les sépare cette fois. Pas de faux petit-ami, pas de bagarre, pas de père en colère, pas de barreaux. Et pourtant, ils n’ont jamais été aussi loin l’un de l’autre. Des kilomètres de doute, de haine et de questions les séparent. Colombe a envie de s’enfuir, mais elle n’en a pas la force. Un jour ou l’autre, il faudra qu’elle fasse face à Atos Leiden, mais pas aujourd’hui.


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Atos W. Leiden
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Entre trahison et mensonges, Atos ne savait plus où se situer. Il se rendait finalement compte qu’il s’était entiché d’une fille qu’il connaissait à peine, d’une fille qui lui avait dissimulé la vérité encore et encore. Chaque fois qu’il pensait enfin connaître tout ce qui était important sur elle, on le laissait replonger dans une vague de doutes et de questionnements. Il n’avait de cesse de se demander quand cela cesserait. Colombe avait été envoyée en quarantaine. Il avait vu qu’il y avait un problème avec sa magie, il s’en était rendu compte sans le savoir, lors des tests, lorsqu’elle s’était retrouvée face à l’épouvantard. Atos avait mis cela sur le compte de la panique, cherchant à lui trouver des excuses, mais rien. Aujourd’hui, on lui apprenait qu’elle était malade, mais ça non plus, elle n’avait pas eu le courage de lui dire. Que pensait-elle que ça lui ferait ? Qu’il la lâcherait comme un vulgaire torchon devenu sale ? Il l’aimait plus que tout. Elle aurait dû savoir qu’une fichue épidémie n’aurait pas changé cela. Atos avait désormais peur, peur de découvrir toute cette vérité qui entourait Colombe Devereaux, cette vérité qui la rongeait au sang, ce puzzle géant dont il collait les pièces une à une : un travail infernal, interminable.

Il n’était pas allé la voir, il s’y refusait. Il s’empêchait de retomber dans une noirceur qu’il aimait tant, pour elle. Il avait fait de tels sacrifices, pour elle. Colombe ne lui rendait rien et gardait une bouche scellée. Il aurait voulu contacter cette fameuse cousine, Adélaïde, s’il avait pu, il aurait voulu qu’elle lui dise tout ce qu’il y avait à savoir. Il avait appris que les aurors l’avait relâchée, qu’elle était de nouveau libre, mais loin de le rassurer, Atos se posait encore plus de questions. Pourquoi l’avoir enfermée si elle n’avait rien à voir avec l’épidémie ? Plus encore, on lui avait dit que c’était Lionel Lemaire qui avait témoigné en sa faveur. Elle lui avait dit que tout était fini avec lui. Il ne la croyait plus.

Le chemin vers la salle commune des serpentards nécessitait qu’il passe chaque jour devant cette porte où ils s’étaient rencontrés pour la première fois, ressassant des souvenirs enfouis qu’il eût presque voulu oublier. Cette fois-ci, le souvenir semblait même beaucoup trop réel, car la blondinette était là, en chair et en os, devant la mystérieuse salle. Cette salle, c’était encore l’une de ces choses qu’elle gardait secrètes. Atos pensa vite, il eût voulu l’esquiver, l’ignorer, mais son regard se posa sur lui, un regard fuyant. Elle voulait l’éviter autant que lui, peut-être lui en voulait-elle pour ne pas être venu lui rendre visite lorsqu’elle se trouvait derrière les barreaux. Mais comment affronter ceux qui mentent. Elle l’obsédait jour et nuit, elle le hantait, et il avait autant envie de la confronter que de l’oublier à vie. Elle avait changé tellement de choses en lui, elle avait provoqué des sentiments qu’il pensait impossible de ressentir. Il la haïssait autant qu’il l’aimait. Elle était son poison, venin lent et douloureux. « T’en avais pas assez des cachots, t’as voulu redescendre ? » La salle commune des poufsouffles était proche, que faisait-elle ici, arrêtée en plein milieu d’un couloir ? Ou sortait-elle encore de cette porte sibylline, narguant Atos de plein fouet ? « Je t’ai manqué ? » Rien dans son ton ne voulait mener à une discussion posée et romantique. Il n’avait plus la patience, plus aucun contrôle. Que ces français quittent l’école, qu’elle aille dans les bras de Lemaire si ça lui chante, mais qu’elle arrête de jouer sur plusieurs tableaux. Atos n’avait jamais aimé, n’avait jamais senti quelqu’un l’aimer. Pour sûr, il ne voulait plus y goûter. « Et Lionel, comment il va ? Tu lui passeras le bonjour à l’occasion. Ravie de t’avoir vu, on n’a plus rien à se dire je crois. » Il ne prit même pas le temps de lui expliquer ce qu’il lui reprochait tant. Ne prit pas le temps de montrer une quelconque attention. Et pourtant il ne tournait pas les talons, il restait là, planté là, ne bougeait pas. Il n’arrivait pas à se résoudre à partir. Atos voulait comprendre, mais il en avait plus qu’assez des sornettes qu’elle lui racontait. Il eût préféré ne l’avoir jamais connue.


©️Pando


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Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. Moi, j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir.  fucking face.

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Colombe A. Devereaux
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Quand on aime, on ne fait pas souffrir l’autre, on le console, on le protège. Personne n’avait protégé Colombe avant Atos. Personne n’avait aimé Colombe avant Atos. Et aujourd’hui, elle voyait dans ses yeux la même lueur que son père avait posé sur elle à ses douze ans, le dégoût, la colère, la déception. Il aurait pu la frapper, ça aurait eu le même effet. Même quand elle pensait ne pas souffrir plus, Atos revenait la hanter pour la détruire, lui retourner le poignard dans son cœur. Elle n’arrivait pas à comprendre comment tout avait pu changer en si peu de temps. Un an s’était écoulé depuis leur rencontre, et elle pensait que seul l’amour avait grandi, mais elle s’était trompée. La rancœur était la seule étoile qui brillait dans les yeux de l’allemand. Il la détestait et elle ignorait pourquoi. C’était à elle de le haïr, pour ce qu’il lui avait fait, pour son abandon. Quand on aime, on n’abandonne pas. Et pourtant, tous les êtres autour d’elle avaient finis par la laisser tomber. Son père, sa mère, Lionel, et maintenant Atos. Colombe ne pouvait pas supporter cela. Si la jeune fille avait pu, elle aurait quitté le château, là, à cet instant, pour oublier tous ceux qui lui faisaient du mal, pour oublier les piqures et les mots violents qu’on lui adressait, pour oublier qu’elle n’était pas désirable. Mais elle ne pouvait pas partir, on la surveillait. L’Auror n’était pas loin, celui qui était venue la chercher en France. Celui qui veillait sur elle et la bridait en même temps. Celui qui l’effrayait aussi. Elle savait que si elle tentait quoi que ce soit, il serait là pour la rattraper et lui faire vivre un enfer.

La jolie colombe ne croyait plus au paradis. Le dernier pétale de la fleur était tombé, et un tas de cendre reposait à ses pieds. Elle devait grandir. Et ça lui faisait atrocement mal. Parce que quand on est grand, on oublie de rêver, on oublier d’aimer. Colombe a toujours cru en ses rêves, en l’amour, elle était toujours optimiste parce que c’était la seule chose que ses parents ne pouvaient pas lui enlever. Mais même ça, Atos le lui avait pris quand il avait volé et piétiné son cœur. Au fond, elle avait encore plus mal que lorsqu’elle avait vu Lionel en compagnie de Sakura, peu de temps après leur rupture. Parce que Lionel ne lui appartenait pas, elle était tombée sous son charme, mais c’était une relation qui n’était pas pour elle, c’était à Adélaïde. Atos, lui, l’aimait vraiment, enfin, elle l’avait cru. Et aujourd’hui, la princesse tombe de sa tour.

« T’en avais pas assez des cachots, t’as voulu redescendre ? » Elle veut pleurer Colombe, parce que ça l’épuise déjà, qu’elle ne veut pas avoir cette conversation, mais elle sait qu’elle n’a pas le choix, qu’Atos fera tout pour la coincer. Il la déteste, et visiblement il n’a pas non plus envie de la voir, alors pourquoi la pique-t-il ainsi ? Elle ne répond pas à la provocation, respire et compte doucement dans sa tête. Une piqure, deux piqures, trois piqures… « Je t’ai manqué ? » Colombe aurait aimé qu’il prononce cette phrase autrement, qu’elle soit pleine de tendresse et d’amour. Parce que oui, il lui avait manqué. Elle avait pensé à lui tous les jours, et s’était accroché à son image, à ses souvenirs, à ses baisers, pour ne pas sombrer. Jusqu’au jour où il l’avait abandonné. Il avait suffit d’un regard pour que tout s’écroule. Pourquoi ? Pourquoi n’était-il pas venu lui rendre visite ? Pourquoi l’avait-il ignoré à travers les barreaux ? Pourquoi dans ses yeux, elle n’y avait pas vu l’amour qu’il lui avait toujours porté ? Après les tests, Colombe et Atos formaient un couple. Secret, pour éviter d’attirer l’attention, et parce que finalement, ils n’avaient pas pu en profiter. Mai et juin étaient passés très vite, et les examens avaient accaparés les deux tourtereaux. Mais lors de leur premier rendez vous à la fête foraine, Colombe avait passé l’un des meilleurs moments de sa vie. Elle croyait en son conte de fée. Parce que Atos posait sur elle les yeux d’un homme heureux et amoureux. Elle ne voyait plus le garçon mystérieux presque effrayant qu’elle avait croisé dans les cachots. Elle ne voyait plus le Serpentard que tout le monde lui avait conseillé d’éviter.

Mais il était de retour maintenant. Prêt à mordre. « Et Lionel, comment il va ? Tu lui passeras le bonjour à l’occasion. Ravie de t’avoir vu, on n’a plus rien à se dire je crois. » Colombe ne comprend pas ce clin d’œil à Lionel. Elle était persuadée que tout était réglé le concernant. Elle était persuadée que c’était terminé, elle lui avait tout expliqué dans la grande roue. Alors pourquoi remettait-il le sujet sur le tapis ? Mais d’un côté, s’il mentionnait Lionel, s’il parlait avec cette rancœur, c’était par jalousie… et si c’était le cas, alors tout n’était pas perdu. Atos a clos la discussion, mais il ne part pas. Colombe saisit sa chance, c’est le moment de se faire entendre, de grandir. « Tu n’es jamais venu. Tu m’as abandonné. Comment peux-tu m’en vouloir, alors que c’est toi qui a cessé de m’aimer ? Tu avais promis Atos… TU AVAIS PROMIS. » C’était plus fort qu’elle. La jeune fille pure et innocente hausse la voix pour se faire entendre, pour crier sa détresse. « Lors du banquet, tu ne m’as même pas regardé, moi je n’avais d’yeux que pour toi, mais tu m’as oublié. Tout ce que nous avions vécu ne signifiait plus rien à tes yeux ? » Elle avait eu tellement mal, encore plus que quand elle avait entendu son nom. Atos n’avait rien tenté pour elle. « Imagines-tu ce que j’ai dû subir là-bas ? Et toi… tu m’as simplement ignoré. Tu as toujours voulu me prouver que tu n’étais pas un monstre, mais tu as agi comme tel avec moi. » Colombe est essoufflée, elle repousse les larmes autant qu’elle peut, mais elle ne gagnera pas ce combat. Le chagrin est trop fort. L’oiseau n’est pas assez brave pour pouvoir battre des ailes et s’envoler. Pour la première fois de sa vie, elle aurait préféré ne jamais venir à Poudlard, ne jamais le connaître, ne jamais exister.



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Atos avait craqué, vacillé, replongé dans sa déferlante infernale. Les fantômes de son passé l’hantaient de nouveau, il se sentait souffrir et revivre, il se sentait mourir et naître. La noirceur venait recouvrir l’abîme de son cœur, il y avait tant de raisons pour lesquelles il devait se tenir éloigné de la divine apparition qu’était Colombe. Elle l’avait sorti de son gouffre, elle avait creusé ce trou un peu plus profond encore. Il finirait par tomber, inévitablement, Atos avait trop touché à la perfidie pour en ressortir indemne, pour même s’en sortir un jour. Violente addiction qui le poursuivait. Il ne pouvait pas, il ne pouvait plus, éviter l’inévitable, tendre désir qu’était de sentir les douleurs d’autrui, délicieuse passion que de voir le sang couler, que d’entendre les cris d’agonie, que d’observer les visages d’horreur, que de recevoir les supplications d’abandon. Il voulait la prendre dans ses bras, effacer son sourire béat, son sourire faux, effacer l’Atos qu’il avait créé, rien que pour elle, pour son aura. Atos rêvait d’une délivrance, que la belle Colombe se livre à lui comme un livre ouvert, qu’elle lui raconte ses plus magnifiques frasques. Colombe n’était pas la succube qu’il avait tant rêvé, et il préférait la trouver ailleurs plutôt que de ternir une si jolie âme. Son instinct lui disait de la faire couler avec lui, de la noyer dans les limbes macabres, mais comment l’aurait-il pu tandis qu’elle était si pure, si élégante. Elle restait ce diamant taillé, exposé dans son écrin, diamant inviolé, qu’aucune lueur n’aurait su faire davantage briller.

Et il y avait Lionel, Lionel toujours, Lionel encore, lion disparu et lion réapparu. Lion oublié, Lion dans tous les esprits. Chevalier latent qui n’avait attendu qu’un faux pas de la part du serpent pour reprendre ses terres et ses droits. Atos avait trahi, il avait fait des choix, celui de survivre au son du tocsin, des ténèbres et des morts. Et il n’y avait, dans ces enfers, aucune place pour elle. Il avait sorti des corps de terre, il avait tué, il avait les mains et le cœur sales, tant de vices et de crimes qu’il voulait outrepasser et dont il ne pouvait se débarrasser dans sa conscience. « Les promesses se font et se défont. Toi la première tu devrais en être consciente. » Voix rauque, cette même voix rauque qui avait dérangé le repos des créatures, des mois plus tôt. Nul réaction face à l’élévation de voix de la poufsouffle, son calme effraierait presque les ténèbres. « Je t’ai écrit. Tu n’as jamais pris la peine de répondre. » Non, il ne l’avait pas regardée lors du banquet, non il ne lui avait pas rendu visite. Esquiver tous ces sujets de manière habile était sa façon à lui de lui faire comprendre que ça n’avait que peu d’importance, que ce n’était pas le sujet principal de leurs discordes. Le problème majeur était que le yin ne s’accordait plus avec le yang. « Peut-être que je suis un monstre oui, peut-être que les monstres les plus dangereux taisent leurs méfaits, peut-être que je voulais te protéger, peut-être que je voulais te faire sombrer. » La haine et la colère se mélangeaient jusqu’à se confondre. Il détestait ce qu’il était devenu et ce qu’il avait été, il détestait ne pas savoir qui il voulait être, il moquait la vie et emmerdait la mort, et son acrimonie était autant due à lui-même qu’à la jeune fille qui se trouvait devant lui. Sa main vint brusquement agripper l’épaule de Colombe, ses doigts repoussèrent le tissu rêche qui recouvrait sa peau nue, sa peau douce et froide, ils se baladèrent sur la chair et s’amusèrent à resserrer l’étreinte autour de son épiderme.

Le regard accusateur que lui lançait la blonde était si hypocrite. Elle n’avait sûrement pas autant de péchés qu’il en avait aujourd’hui, mais le blanc de la belle colombe s’était quelque part cassé. Elle ne pouvait le confronter à ses vices sans admettre les siens. « Que faisais-tu enfermée d’ailleurs ? Parlons-en, Colombe Devereaux. Tu n’es pas malade, Colombe, tu ne l’es pas parce que tous les vrais malades sont encore dans ces cachots. Et toi, tu te pavanes dans le château, libre. Qu’ont-ils eu sur toi pour prétendre que tu devais rester enfermée ? Quels sont ces secrets que tu sembles avoir volontairement omis de me raconter ? » Qu’elle l’enterre si elle le voulait, mais elle n’aurait pas le temps de souffler que les forces chtoniennes l’entraîneraient avec lui, elle aurait à peine ciller qu’il écrirait déjà son épitaphe.



©️Pando


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