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Some friends become enemies, some friends become your family — Hopadona

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Some friends become enemies, some friends become your family
belladona rosebury & hope e. scott
Sa main effleure les nervures des cuirs tannés par le soleil, par les peaux diverses qui les avaient caressés, par le temps. Alors qu’un rayon de février traverse son chemin, dévoilant les particules de poussière inhérentes à l’endroit, Bella plisse les yeux, éblouie par cette lumière si rare en ce moment de l’année. Elle aurait peut-être pu en profiter pour sortir, pour se changer les idées. Mais encore aurait-il fallu qu’un aurore ou qu’un membre de l’autorité décide de mener un groupe à l’extérieur. Rien que d’y penser, la gryffondor soupire. La liberté, voilà ce qui lui manquait le plus. Plus que l’assurance de garder ses pouvoirs, plus que tout. Bien sûr, elle n’avait jamais fait parti des plus sages, elle n’avait jamais respecté les règles à la lettre et la situation présente ne changeait pas cela. Les nouvelles règles rajoutaient du risque, elle rajoutaient du poids à cette épée de Damoclès dont la fille de cracmol s’était faite amie, au fil des années. Certains transgressaient les règles justement pour ressentir son poids au dessus de leurs épaules, pour sentir cette adrénaline. Bella, elle, faisait simplement ce qu’elle souhaitait.

Mais aujourd’hui, elle est sage, la jeune fille. Elle remonte une allée de la bibliothèque, pas tout à fait sûre de ce qu’elle cherche, alors qu’elle sent le regard inquisiteur de leur geôlier sur ses homoplates. Elle devine ses petits yeux perçant plantés dans son dos, prêts à la suivre jusqu’à ce qu’elle se rasseye, qu’elle retourne dans les rangs. Elle soupire mais ne change rien à sa démarche, rien à sa promenade dans ces allées de connaissances. Elle ne sait pas précisément ce qu’elle veut mais elle sait que lorsque le titre lui sautera aux yeux, elle saura.

La jeune gryffondor n’arrivait plus à détacher son esprit de l’épidémie. Pendant longtemps, elle n’avait été qu’une menace lointaine, qu’un mot murmuré alors que les baguettes se détraquaient. Et puis, il y avait eu la quarantaine et les visages remplis de peur. Le phénomène avait continué de surplomber l’élève, sans jamais la toucher. Enfin, des visages de plus en plus familiers s’étaient retrouvés derrière ce périmètre transparent. Des professeurs et des camarades. Déjà, il y avait eu Hope, présence si familière et pourtant si lointaine. Puis une liste d’autres visages. Et Thomas, la goutte, empoisonnée, de trop. Bella n’avait pas si peur de perdre ses pouvoirs. Elle savait qu’il y avait une vie, à côté, une existence vivable, puisque sa mère y était confrontée. Elle s’y raccrochait, le soir, lorsque l’angoisse l’enlaçait.
Mais elle savait aussi que sa mère ne lui pardonnerait jamais de tomber malade, elle ne lui pardonnerait jamais d’abandonner une existence qu’elle avait toujours voulue. Quand bien même cela n’était pas de son fait.

Mais, si la gryfonne était aujourd’hui dans la bibliothèque, ce n’était pas pour elle, ce n’était pas pour faire taire la voix de sa mère qui résonnait à ses oreilles, le soir, en prenant les intonations de l’Angoisse. C’était pour les autres, pour ces visages qu’elle chérissait et qui perdaient peu à peu de leur joie de vivre.

Sa main s’arrête sur l’angle de l’étagère alors que ses yeux se perdent dans l’infini des couvertures qui s’étend devant elle. Elle sait qu’elle peut y passer son année entière, sans jamais rien trouver. Mais elle ne compte pas s’arrêter, pas déjà. Alors qu’elle entre dans une nouvelle allée, elle aperçoit une chevelure rousse si caractéristique. Elle a beau ne pas l’avoir approchée depuis bien longtemps, malgré sa disparitions des couloirs de Poudlard depuis de longs mois, Bella la reconnaît immédiatement. Hope, cette amie perdue qui provoque à chaque apparition une pression sur son cœur. Le regard de la jeune fille s’attarde quelques instants sur ce visage défait qu’elle a vu si souriant, sur ces cernes jumeaux des siens, sur ces tremblements furtifs qu’elle ne lui avait jamais connus. Bella pourrait s’arrêter. Elle pourrait parcourir les quelques mètres qui la séparent d’elle. Mais elle n’en fait rien. Trop gryffondor dans l’âme, trop fière, trop blessée. Ses sourcils se froncent légèrement alors qu’elle s’éloigne de cette fille qu’elle avait si bien connue. Dans une autre vie.

Bella remonte l’allée mais son esprit est resté à son entrée, près de cette table excentrée, murée d’un rempart de livres divers. Il reste obsédé par ce visage familier et pourtant inconnu. Alors, elle s’arrête et ferme les yeux quelques instants pendant qu’un nouveau rayon de soleil entre par une lucarne et vient lui réchauffer le crâne. Elle reste comme ça, un peu ; souffle, hésite. Et fait demi tour, trop rageusement, comme si elle y était forcée, comme si elle n’avait pas le choix.
Elle s’approche de la table de la serdaigle un peu trop brusquement, comme si on l’y avait envoyée, comme si elle n’était pas là de son propre chef. Bella se dit qu’elle a bien pardonné à Thomas, alors tout est possible. Elle tire bruyamment une chaise et s’assoit face à la belle rousse alors que des regards mauvais se tournent vers elle. Elle n’y prête pas attention, sachant qu’ils se détourneront aussitôt que le bruit aura cessé de résonner à leurs oreilles.

Même d’aussi près, Hope reste cachée derrière ses montagnes de livres. Alors Bella, un infime instant après s’être installée, passe sa main entre les remparts pour en abaisser le pont levis. Elle écarte une pile, doucement, et son regard tombe immédiatement sur ce visage pâle. Un silence s’installe, Belladona compte les secondes. Une, deux, trois. Elle se doute que Hope ne prendra pas les devants. Elle ne l’avait jamais fait, après tout, ce n’était pas aujourd’hui qu’elle allait commencé. Alors Belladona lâche un « salut » neutre. Elle-même ne sait pas précisément ce qui l’a poussée à venir s’asseoir ici. Ou plutôt si, elle sait. Pour la première fois depuis qu’elle connait Hope, elle ne la reconnait pas.
(mi-février 2001)
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Hope E. Scott
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Belladona & Hope
Some friends become enemies, some friends become your family
Le temps semblait s’écouler avec une lenteur effarante. J’en avais perdu le fil depuis un long moment alors que je tentais de reprendre le rythme très lentement mais sans réel succès. Je restais hantée par ces longs mois d’enfermement coupée des autres. Je ne parvenais plus à me sentir à ma place dans les murs du château alors que j’avais espéré retrouver rapidement mes repères. J’avais essayé d’expliquer ce que j’avais pu ressentir en quarantaine mais les mots appropriés me fuyaient. Aucun ne me semblait vraiment pouvoir décrire le sentiment de perdition qui avait pris mon âme en otage. J’avais du mal à me laisser approcher alors que j’étais en permanence sur la défensive. Je ne pouvais pas baisser ma garde tellement j’avais peur qu’alors on me fasse du mal. J’étais effrayée par les regards qui se posaient sur moi. J’étais un chiot effrayée qui avait besoin de temps, d’attention. J’avais un énorme besoin de présence même si rares étaient les présences qui réellement m’aidaient à me sentir mieux. Je croyais que ça passerait mais ce n’était pas encore tout à fait cela. J’en avais parlé aux medicomages. Ils disaient que c’était normal et que ça finirait par passer mais ils semblaient eux-mêmes totalement dépassés. Je n’arrivais d’ailleurs pas à totalement leur faire confiance car ils étaient tout aussi coupables que les Aurors à mes yeux. J’avais perdu foi en ceux qui devaient veiller sur nous et je doutais de pouvoir à nouveau avoir confiance. Chaque journée était une nouvelle lutte alors que je devais me forcer à sortir du lit. Je devais me forcer à manger. Je devais me forcer à aller en cours. J’avais toujours eu besoin d’avoir les meilleures notes possibles mais je ne faisais pas le moindre effort pour rattraper mon retard. Je n’en avais même pas l’envie alors que je me sentais larguée dans la matière, handicapée par ma magie défaillante. J’aurais pu tenter de compenser mes manquements si je ne m’en foutais pas complètement. Cette épreuve m’avait profondément changée. Je ne me reconnaissais plus que rarement. Je peinais aussi à reconnaître mon propre reflet dans le miroir. Je me donnais la sensation d’être devenue une étrangère qui aurait pris possession de ma vie alors que quelque part j’étais prisonnière de mon propre esprit. J’avais tout simplement perdu le contrôle de ma vie et chaque jour écoulé depuis notre libération, je courais après le fil pour finalement revenir aux rennes de ma propre existence. Toujours sur le qui-vive, j’avais la peur au ventre. Je redoutais que l’on nous reprenne ce que je commençais à apprécier. Je craignais d’à nouveau être privée de ma liberté de mouvement alors souvent, j’avais songé à fuir. Je voulais aller me cacher quelque part jusqu’à ce que la menace ne soit plus qu’oubli. Mais je n’osais pas. Je ne voulais pas mourir seule dans un coin oublié de tous. Puis il y avait certaines raisons qui me poussaient à rester ici, certaines personnes qui savaient changer la donne.

La plupart du temps, je me cachais dans mon dortoir pendant mes heures libres mais depuis peu, j’avais retrouvé ce lieu qui avait su me rassurer quand je me sentais perdre le contrôle. Avec une lenteur infinie, j’avais appris à retrouver mon chemin dans les allées de livres. J’avais mis du temps avant que mes doigts ne parcourant les couvertures parcheminées de ridules. J’avais eu besoin d’encore plus de temps pour oser ouvrir ces sources de savoir pour simplement en tourner les pages. Ça avait été un autre apprentissage pour trouver l’énergie nécessaire à mettre du sens sur les mots qui dansaient devant mes yeux. J’avais finalement pu retrouver du plaisir à lire. Je venais ici comme dans un refuge où je pouvais me cacher au regard du monde. Je m’endormais parfois sur un livre alors que le sommeil me fuyait tellement souvent dans le confort du lit dont je ne parvenais pas à me dire qu’il était réel. Aujourd’hui n’était pas différent d’hier. J’étais venue me cacher ici, derrière une pile de grimoires. Je voulais me dissimuler à la vue des autres pour prendre du temps pour me retrouver dans ce plaisir à accumuler des connaissances. Personne ne troublait ma solitude ici. Personne ne me coupait dans le fil de mes pensées. Et c’était exactement ce dont j’avais besoin. Le silence qui m’entoure est brisé. Mon regard cerné du bleu de nuits sans sommeils se pose sur celle que je peine pendant un instant à reconnaître. J’ai perdu tout contact avec la réalité et parfois mes souvenirs me font défaut. Elle ne semble pas vouloir être là. Je n’arrive pas à comprendre. Je voudrais l’interroger mais son ton neutre ne m’incite pas à parler. Je me replie un peu sur moi-même me demandant si je dois voir en elle une amie ou une ennemie. Je ne sais plus reconnaître les visages amis. Mais Bella était mon amie avant que je ne lui tourne le dos. Je n’ose pas parler. Mais je connais Bella et elle finira par perdre patience alors je me force comme pour parer une attaque à laquelle je sais que je ne serai pas en mesure de faire face. « Salut Belladona. » Je pourrais lui demander pourquoi aujourd’hui, elle a décidé de m’adresser la parole mais je ne le fais pas. Je ferme les yeux me souvenant que j’avais confiance en elle avant cet été là. Je finis par la regarder et comme sous le poids de regrets trop lourds à porter, je dis d’une voix hésitante mais sincère. « Tu m’as manqué. Ton amitié me manque. Je suis désolée de t’avoir tourné le dos. » Je n’ai jamais été directe. Je ne le suis toujours pas. Mais des mois à repenser à ma vie m’ont permis d’ouvrir les yeux sur mes erreurs. Mais ce que je n’avoue pas c’est que j’ai peur de mourir de ce mal sans avoir jamais eu l’occasion de le lui avouer, de lui dire combien je regrette.
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Ses yeux scrutent ce regard qu’elle connaissait si bien, dans le passé. Bella avait passé de très bons moments en compagnie de la rouquine, on pouvait même dire qu’elles avaient été proches, quelques années auparavant. La guerre avait séparé et rapproché de nombreuses personnes. Elle avait détruit et recollé des relations, elle avait amené son lot de souffrances et de joies inespérées. Mais le problème qui divisait la rouge et la bleu n’y était en rien mêlé. Il était apparu bien avant que les couloirs de Poudlard ne deviennent hostiles, avant que les sortilèges ne marquent à jamais les pierres de ce château. Et aujourd’hui, la distance qui les séparait lui semble s’être encore agrandie.

Bella lâche une simple salutation, parce qu’elle n’est pas sûre de savoir quoi lui dire. L’amer encore présent dans sa bouche lorsqu’elle pense à Hope lui donne l’impression qu’elle ne pourra plus jamais se faire douce et compréhensive en sa présence ; Et plus son regard s’éternise sur le visage de la jeune fille, plus la gryffonne se rend compte qu’elle a besoin de tout sauf qu’elle lui rentre dedans. Ses yeux sont cernés et son regard se fait fuyant. Une image vient se superposer au visage de Hope, mais Bella ne l’identifie pas tout de suite. Quelque chose dans son attitude, dans la tension de ses muscles fait écho dans sa mémoire. Les mots qu’elle finit par prononcer semblent venir des tréfonds de son être, presque comme si elle avait dû chercher longtemps dans sa mémoire pour retrouver l’usage de sa parole. Ou pour retrouver le nom de la gryffondor. Belladona fronce les sourcils, un brin paranoïaque. Elle qui n’arrivait pas à oublier Hope, qui n’arrivait pas à lui pardonner, avait-elle été oubliée par la rouquine ? Ses mains se serrent un peu contre le bois de la table.

Hope ferme les yeux, quelques instants, comme une bête sauvage. Voilà à quoi la jeune fille lui fait penser : ces bêtes maltraitées qui perdaient confiance, qui semblaient attendre à tout moment que le bâton s’abatte ; aux élèves de Poudlard durant la guerre. La gorge de Bella se serre alors que des visages se superposent à celui de son ancienne amie. D’un certaine façon, la guerre n’était pas terminée et Belladona avait infiniment peur qu’elle ne prenne jamais fin, pour elle. Lorsque la serdaigle ouvre à nouveau les yeux, quelque chose a changé dans on regard. Une légère étincelle, quelque chose qui semble la mettre plus à l’aise, juste un petit peu.

« Tu m’as manquée. Ton amitié me manque. » Bella ouvre la bouche, prête à réagir sans réfléchir, à l’attaquer, à lui dire que c’est sa faute. Hope ne lui en laisse pas le temps. « Je suis désolée de t’avoir tourné le dos. » Elle referme la bouche, hésite, tente de se contenir. Ses bras se croisent sur sa poitrine et elle s’appuie contre le dossier de sa chaise abîmée. Si la jeune fille n’avait pas eu ce regard, Bella n’était pas sûre qu’elle aurait réussi à garder le silence. À vrai dire, elle est même persuadée qu’elle l’aurait abreuvée de reproches, incapable de les retenir une fois qu’ils auraient commencé à se déverser. Mais à la place, elle se tait et elle réfléchit. Son regard ne quitte pas la jeune fille.

Son silence se fait long. Une minute, tout au plus, mais si pour la gryffondor cela semble passer telle une étoile filante, Hope n’est certainement pas du même avis. Bell prend son temps, parce qu’elle ne veut pas regretter ses mots. Elle ne veut pas briser cette jeune fille aujourd’hui si frêle d’un coup qu’elle n’aurait pas désiré. Elle soupire et se passe les deux mains sur le crâne, ramenant ses cheveux en arrière, avant de poser ses coudes sur la table qui les séparent. Sa tête vient s’appuyer sur ses paumes. « Pourquoi, Hope ? » Elle aurait aimé conserver son ton neutre, son attitude détachée ; S’en savait incapable avant même que les mots ne franchissent ses lippes. À la place, sa voix s’est faite légèrement tremblante alors que la question qu’elle avait rêvé de lui poser durant toutes ces années prenait enfin consistance.
(mi-février 2001)
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